Retour à Viedma par le car de nuit.
Il y a quatre jours j'avais demandé ma route ici et on m'avait offert le maté. J'y retourne quelques heures pour tuer l'attente du train, ce soir à six heures.
La vie s'étire, pas moins
qu'une sève.
Par Ma main amie
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Carmen de Patagones, village. Descente à La Toscara, une bonne adresse en bordure du Rio Negro, où j'ai passé le week-end. Lui, peintre sculpteur et elle cuisinière, me convainquent de desendre en Terre de Feu par les Andes, de l'autre côté du pays, le long de la frontière chilienne. Un train relie Viedma, ville jumelle de Carmen de Patagones située sur l'autre rive du Rio, à San Carlos de Bariloche.
A l'ouverture de la gare le lundi, j'apprends que le prochain train part le vendredi 13 octobre à 18h00 !! Un par semaine ici aussi.
En attendant je décide de faire un aller retour à la Péninsule de Valdès, réserve naturelle unique au monde, à quelques 500 km au Sud.
J'ai planté ma tente ici, dans le petit camping de Puerto Piramide, exposé à tous les vents de la péninsule.
La plage est une cicatrice qui court entre deux épidermes, l'océan et la pampa.
Le jour on peut observer à la jumelle les baleines franches, lions de mer, pingouins et
autres animaux étranges dont je ne connais pas le nom en
français.
Par Ma main amie
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Il faisait nuit quand nous sommes partis. Mon wagon de tête résonnait encore des timbales de Rossini qu'un orchestre jouait dans la gare. J'avais un peu froid. Les fenêtres ne fermaient pas entièrement ce qui permettait au vent de s'engouffrer par les fentes. Le monsieur assis à côté de moi avec son chien, sa poussette et son bébé de quatre mois, avait déjà sorti son herbe à maté et son eau chaude qu'il me tendit gentillement.
J'étais fatiguée. Je dormis quelques heures surement car en ouvrant les yeux, je découvris l'immensité de la Pampa, illuminée par une pleine lune débonnaire. Je me levai, allai au bout du wagon avec mon duvet et Rachmaninov. Les deux portes latérales donnant sur la voie étaient grandes ouvertes et invitaient tous les sens à la danse nocturne des elfs et des dahus.
Je m'assis là avec la Grande Ours, le vent qui me fouaillait la figure, les infinis écarlates du piano de Rachmaninov et les herbes inhospitalières du désert, sans fin, sans relief, sans caillou, sans eau, sans homme, sans rien que l'horizon qui épuise le regard.... Tout semblait avoir été dessiné pour naître et mourir ensemble, le temps d'un saut de poussière.
Je restai là jusqu'à ce qu'un polichinelle pousse le soleil, à regret, au-dessus de mes battements.
A l'arrivée vingt heures plus tard, nous croquions un peu la poussière qui avait recouvert tout le wagon. Il me fallut néanmoins quelques efforts pour descendre du train.
Par Ma main amie
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Ce soir 19h35 je prends le train en gare de Constitution. Un seul par semaine, donc ne pas le rater. Terminus Carmen de Patagones, deux noms qui ensemble incendient ma soif, au bord du Rio Negro, frontière nord de la Patagonie. Envie de boire le rail toute la nuit jusqu'à livresse et oublier ma carcasse, n'être plus qu'un atome suspendu à mon étoile, si elle existe. J'ai dit adieu au petit Manny qui m'a consolée quand je n'étais plus sûre de partir et m'a fait la promesse d'aller prier pour moi dans la Cathédrale Métropolitaine de la Plaza de Mayo, près de Saint Martin de Tours gardé par le soldat couvert de sa chaussette impériale. Tant de cimes ne pourront pas me faire de mal.
Par Ma main amie
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Pour tramper dans le transit à petit prix
(0,70$ la course) j'aime m'installer dans
le métro et traverser le XX siècle autant de fois que je veux.
Dois-je vous avouer que les rencontres sont plus nombreuses dans le MétroExpress-boisé-tous-conforts, quand je mets mon corset, que je sors mon porte cigare et me noue un petit chignon avec mon lacet...
Par Ma main amie
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