Quand je pousse cette porte j'entre un peu chez moi. Eduardo, gueule de marin employée le jour, acteur de petits théâtres la nuit, me reçoit et m'offre le café au sous-sol. Entre deux rayonnages de livres voyageurs (Défense du marxisme de Trotsky en italien, l'Encyclopédie des plantes médicinales en français datant de 1930, ...) et ses registres papiers de compatbilité, il m'embarque sur ses planches de théatreux en déroute mais pour qui tout est encore possible. Je ris quand il rit car je ne comprends pas ses anecdotes, il le sait mais on s'en fiche.
Et puis l'autre jour, je suis montée avec lui en train. Il m'a fait traverser la Patagonie à ciel ouvert, le rouli des rails encore dans les cotes, il y 20 ans déjà quand le Ferrocaril descendait jusqu'à Ushuaia. Aujourd'hui subsistent quelques lambeaux qu'il m'a convaincue de ne pas manquer.
Foutue Pampa, j'ai hâte de te voir. Grâce à mon petit frère de France, je vais pouvoir partir.
Par Ma main amie
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Un fleuve sans rive, c'est comme une errance perpétuelle, ici des bleus qui sont miens.
Ma barque est en dérive, question d'intendance toujours qui me font chavirer ou quelques diablotin qui joue avec moi. J'attends contre mon gré mon prochain retour ou départ pour le sud et viens ici en paix me souvenir du phare que Nicolas Bouvier avait inscrit sur sa Topolina : "Même si l'abri de ta nuit est peu sûr / et ton but encore lointain / sache qu'il n'existe pas / de chemin sans terme / Ne sois pas triste."
Par Ma main amie
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"Se sentir vivante
Et goûter en même temps
Ce souffle qui s'échappe
Qui s'enfuit à jamais
Sur les rives du Rio de la Plata
On pleure toujours l'ailleurs
Celui qui nous a amené ici
Qu'on ne connait pas
Qui ne nous reconnaitra plus
Sur les rives de la Seine
On pleure encore
Cet autre côté de nous-même
Laissé là-bas
Abandonné sur le port
Entre chaque pas
On marche d'une rive à l'autre
Et on regrette toujours le pas délaissé
Peu importe sur quelle rive on danse
On danse toujours en pensée triste
On danse toujours un manque" dit le Tango
..... et je danse en pensée sur les rives du Rio de la Plata, je danse vos manques qui m'habillent,
regardez bien j'ai pris quelques kilos,
mais cela ne suffit pas 'pebeta', donne-moi de la souplesse, tu progresses mais encore, offre-moi de l'ailleurs, irise-moi de ton souffle, abandonne-moi toi tout court, me chante le corps du tanguero.
Par Ma main amie
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Quarante cinq minutes du centre ville pour venir les voir, une fois par semaine.
Eux, isolés dans des chambres insalubres ; ils ne reçoivent la lumière du jour qu'à travers les barreaux d'une petite fenêtre donnant sur une cour intérieure où j'ai vu les seuls arbres morts de Buenos Aires ; chaque fois qu'ils ont envie de prendre le frais ils ont pour seul horizon les bidons industriels de Quaker, les échos de trains de marchandises et de bus d'où personne ne descend, pas même le dimanche.
Malades mentaux, fous, idiots, aliénes, déments, pourquoi tant d'exil ?
Imaginez Antonin Artaud, Camille Claudel ou Van Gogh si loin de nous. Vivants, j'aurais bien aimé m'assoir en face d'eux et papoter avec la même décontraction que sur une plage ou au lavomatique je ne sais pas, dynamiter les frontières en gardant les yeux ouverts . "Toute folie est un rêve qui se fixe", alors je me permets de rêver un peu.
A Buenos Aires les internés papotent. Paroles de fous ordinaires pour des gens ordinaires, sur Radio Colifata, Radio Folle en lunfardo (l'espagnol populaire de Buenos Aires). En Argentine elle est connue de tout le monde et touche 10 millions d'auditeurs chaque samedi... plus quelques rares curieux qui se déplacent et viennent écouter de vive voix l'émission puis la prolonger apres l'antenne.
"Dessine-moi la France avec son manège " ....
Poupée de cristal lancée sur son petit cheval d'étoiles filantes, elle m'entraine loin du mur qui enfin s'écroule.
Par Ma main amie
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Statistiquement parlant, l'Asado est la religion qui recense le plus grand nombre de pratiquants en Argentine. Le culte a lieu de préférence le samedi ou le dimanche.
Celui qui officie est bon buveur, aime partager son vin avec ses ouailles ; il cuit hiératiquement son pain au moins une heure et demie ou deux heures, à tout petites braises...... Six heures après la communion les fidèles sont encore repus et ne savent plus comment rejoindre leurs pénates !!
Vous aurez compris que l'Asado n'a rien d'un barbecue et n'allez pas confondre, c'est une insulte.
Par Ma main amie
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