Lundi 2 octobre 2006

 

 

 

 

 

Quand je pousse cette porte j'entre un peu chez moi. Eduardo, gueule de marin employée le jour, acteur de petits théâtres la nuit, me reçoit et m'offre le café au sous-sol. Entre deux rayonnages de livres voyageurs  (Défense du marxisme de Trotsky en italien, l'Encyclopédie des plantes médicinales en français datant de 1930, ...) et ses registres papiers de compatbilité,  il m'embarque sur ses planches de théatreux en déroute mais pour qui tout est encore possible. Je ris quand il rit car je ne comprends pas ses anecdotes, il le sait mais on s'en fiche.

Et puis l'autre jour, je suis montée avec lui en train. Il m'a fait traverser la Patagonie à ciel ouvert, le rouli des rails encore dans les cotes, il y 20 ans déjà quand le Ferrocaril descendait jusqu'à Ushuaia. Aujourd'hui subsistent quelques lambeaux qu'il m'a convaincue de ne pas manquer.

Foutue Pampa, j'ai hâte de te voir. Grâce à mon petit frère de France, je vais pouvoir partir.

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Samedi 30 septembre 2006

 

 

 

 

 

 

Un fleuve sans rive, c'est comme une errance perpétuelle, ici des bleus qui sont miens.

 

Ma barque est en dérive, question d'intendance toujours qui me font chavirer ou quelques diablotin qui joue avec moi.  J'attends contre mon gré mon prochain retour ou départ pour le sud et viens ici en paix me souvenir  du phare que Nicolas Bouvier avait inscrit sur sa  Topolina : "Même si l'abri de ta nuit est peu sûr / et ton but encore lointain / sache qu'il n'existe pas / de chemin sans terme / Ne sois pas triste."

 

 

 

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Jeudi 28 septembre 2006

 

 

 

 

  

              "Se sentir vivante

                   Et goûter en même temps

                   Ce souffle qui s'échappe

                   Qui s'enfuit à jamais

      Sur les rives du Rio de la Plata

      On pleure toujours l'ailleurs

      Celui qui nous a amené ici

      Qu'on ne connait pas

      Qui ne nous reconnaitra plus

      Sur les rives de la Seine

      On pleure encore

      Cet autre côté de nous-même

      Laissé là-bas

      Abandonné sur le port

      Entre chaque pas

      On marche d'une rive à l'autre

      Et on regrette toujours le pas délaissé

             Peu importe sur quelle rive on danse

                On danse toujours en pensée triste

                    On danse toujours un manque"        dit le Tango

                       

        ..... et je danse en pensée sur les rives du Rio de la Plata, je danse vos manques qui m'habillent,  

regardez bien j'ai pris quelques kilos,

mais cela ne suffit pas 'pebeta', donne-moi de la souplesse, tu progresses mais encore, offre-moi de l'ailleurs, irise-moi de ton souffle, abandonne-moi toi tout court, me chante le corps du tanguero.

 

 

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Mardi 26 septembre 2006

 

Quarante cinq minutes du centre ville pour venir les voir, une fois par semaine.

 

 

 

Eux, isolés dans des chambres insalubres ; ils ne reçoivent la lumière du jour qu'à travers les barreaux d'une petite fenêtre donnant sur une cour intérieure où j'ai vu les seuls arbres morts de Buenos Aires ; chaque fois qu'ils ont envie de prendre le frais ils ont pour seul horizon les bidons industriels de Quaker, les échos de trains de marchandises et de bus d'où personne ne descend, pas même le dimanche. 

 

 

 

    Malades mentaux, fous, idiots, aliénes, déments, pourquoi tant d'exil ?

 

 

 

 

 

 

Imaginez Antonin Artaud, Camille Claudel ou Van Gogh si loin de nous. Vivants, j'aurais bien aimé m'assoir en face d'eux et papoter avec la même décontraction que sur une plage ou au lavomatique je ne sais pas, dynamiter les frontières en gardant les yeux ouverts . "Toute folie est un rêve qui se fixe", alors je me permets de rêver un peu.

A Buenos Aires les internés papotent. Paroles de fous ordinaires pour des gens ordinaires, sur Radio Colifata, Radio Folle en lunfardo (l'espagnol populaire de Buenos Aires). En Argentine elle est connue de tout le monde et touche 10 millions d'auditeurs chaque samedi... plus quelques rares curieux qui se déplacent et viennent écouter de vive voix l'émission puis la prolonger apres l'antenne.

 

 

 

          "Dessine-moi la France avec son manège " ....

     Poupée de cristal lancée sur son petit cheval d'étoiles filantes, elle m'entraine loin du mur qui enfin s'écroule.

 

 

 

 

 

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Samedi 23 septembre 2006

 

Statistiquement parlant, l'Asado est la religion qui recense le plus grand nombre de pratiquants en Argentine. Le culte a lieu de préférence le samedi ou le dimanche.

Celui qui officie est bon buveur, aime partager son vin avec ses ouailles ; il cuit hiératiquement son pain au moins une heure et demie ou deux heures, à tout petites braises...... Six heures après la communion les fidèles sont encore repus et ne savent plus comment rejoindre leurs pénates !!

 

 

 

Vous aurez compris que l'Asado n'a rien d'un barbecue et n'allez pas confondre, c'est une insulte.

 

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