Sous le régime de la dictature militaire, de 1976 à 1983, ces femmes ont connu la peur . La peur qui tous les jours les a traquées parce qu'elles étaient suivies, parce qu'elles craiganaient d'entendre frapper en pleine nuit, parce qu'elles avaient toutes les raisons de croire qu'elles pouvaient être arrêtées dans la rue et ne plus jamais revenir. Alors que la presse fermait les yeux, que la répression violente de toutes les formes d'opposition bénéficiait de l'indifférence de la majorité des Argentins, les Mères se sont rassemblées Place de Mai le 10 avril 1977 pour réclamer les corps de leurs enfants disparus et retrouver leurs petits enfants. La police leur a intimé l'ordre de circuler et depuis cette date, elles tournent inexorablement, tous les jeudis à 15h30.
Depuis 1977, les responsables des assassinats et disparitions ont bénéficié d'un large impunité; les enfants des disparus ont été donnés en adoption et ne savent pas aujourd'hui d'où ils viennent d'où l'impossibilité de les retrouver. Mais l'esprit rebel, les mères et les grands-mères marchent pour que le silence, les mensonges et la raison d'état ne triomphent pas. La persistance de leur lutte, leur détermination face à l'inertie du pouvoir mais aussi face au désintérêt et à l'incrédulité des Argentins, donnent à tous les insoumis la certitude que les seules luttes perdues sont celles que l'on abandonne.
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