Jeudi 21 septembre 2006

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sous le régime de la dictature militaire, de 1976 à 1983, ces femmes ont connu la peur . La peur qui tous les jours les a traquées parce qu'elles étaient suivies, parce qu'elles craiganaient d'entendre frapper en pleine nuit, parce qu'elles avaient toutes les raisons de croire qu'elles pouvaient être arrêtées dans la rue et ne plus jamais revenir. Alors que la presse fermait les yeux, que la répression violente de toutes les formes d'opposition bénéficiait de l'indifférence de la majorité des Argentins, les Mères se sont rassemblées Place de Mai le 10 avril 1977 pour réclamer les corps de leurs enfants disparus et retrouver leurs petits enfants. La police leur a intimé l'ordre de circuler et depuis cette date, elles tournent inexorablement, tous les jeudis à 15h30.

Depuis 1977, les responsables des assassinats et disparitions ont bénéficié d'un large impunité; les  enfants des disparus ont été donnés en adoption et ne savent pas aujourd'hui d'où ils viennent d'où l'impossibilité de les retrouver. Mais l'esprit rebel, les mères et les grands-mères marchent pour que le silence, les mensonges et la raison d'état ne triomphent pas. La persistance de leur lutte, leur détermination face à l'inertie du pouvoir mais aussi face au désintérêt et à l'incrédulité des Argentins,  donnent à tous les insoumis la certitude que les seules luttes perdues sont celles que l'on abandonne.

 

 

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Mardi 19 septembre 2006

 

 

A Buenos Aires la COTOREP des arbres n'a rien à dépenser. Les palmiers, cèdres, magnolias, jacarandas et arbres à caoutchouc n'ont pas fait la guerre, donc point de mutilés ni de moignons osseux implorant le ciel. Les tortueux entrelacs de branches et de racines s'offrent à tous les passants des quatre coins de la ville et quand les bicentenaires expirent et réclament leur fin, les ouvriers leur plantent une jambe de fer.

 

 

  

Le chien en profite pour faire pipi, le vendeur de pommes d'amour prend sa pause, le fêtard cuve près des amants ...

         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

  Quant à moi j'ai laissé un cahier à celui de la rue Quintana pour qu'il m'écrive ses mémoirs que je vous conterai un jour.

 

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Dimanche 17 septembre 2006

 

 

         

 

 

 

       " Le bonheur est un seul bouquet : confus léger fondant sucré "

                                               Paul Eluard

 

 

 

 

 

 

Instants qui sentent la violette sans violette, les glaces, le maté et le football, nichés entre gratte-ciel et réserve naturelle ...

 

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Mardi 12 septembre 2006

 

                         

 

Quand j'étais petit, je te regardais du dehors

Comme ces choses que l'on ne parvient jamais à atteindre

Mon visage contre ta vitre,

Dans un froid bleu

Qui ensuite fut

Celui de ma vie...

Comme une école de toutes choses.

Puis jeune homme tu me donnas dans la surprise

La cigarette

La confiance dans mes rêves

Et une espérance d'amour ...

Comment t'oublier dans cette plainte,

Petit Café de Buenos Aires

Si tu es la seule chose de ma vie

Qui puisse se comparer ma mère ?

Dans ton mélange merveilleux

De pédants et de suicidés

J'ai appris la philosophie, les dès, le jeu

Et la poésie cruelle

De ne plus penser à moi...

Tu m'as donné comme de l'or une poignée d'amis

Qui sont enore ceux qui réchauffent ma vie

José, celui qui rêve...

Marcial, qui toujours croit et espère,

Le maigre Abel, ... qui nous a quittés

Mais me guide toujours...

Sur les tables qui ne posent jamais de questions

J'ai pleuré un soir la première déception,

Je suis né aux peines...

J'ai bu ma vie...

Et je me suis livré sans combattre.

                            Enrique Santos Discépolo (1948)

 

 

                         

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Dimanche 10 septembre 2006

 

 

  Je m'étais assise sur un banc pour regarder la lune se lever et chatouiller les gratte-ciel. Sa toile opalescente se perdait dans la multitude des éclats de lumière de Puerto Madero mais offrait aux rares promeneurs qui se faufilaient dans le vent, la paix d'une plage abandonnée.

On est si près et si loin des enseignes criardes, du crachat des bus et du marathon des passants. Il suffit de traverser deux gros boulevards et une vieille ligne de chemin de fer et on flaire les réminiscences d' un port, composé de quatre grands bassins bordés d'entrepôts en briques rouges. Ça ne sent plus le poisson ni le commerce maritime mais l'hygiène d'une élite et de touristes  qui viennent roucouler en savourant les cuisines du monde.

 

Le trois-mâts qui a acosté le long d'un des quatre quais est en retraite. Les 23.000 officiers qui ont fait leur classe à son bord de 1899 à 1938 ont attendu en vain l'ennemi. Quarante fois le tour du monde et pas une bataille ! Mais ils sont morts avec l'illusion d'avoir été, sous l'oeil réconfortant de la lune qui jamais ne déçoit  la vanité du monde.

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