Vendredi 1 septembre 2006
Monsieur Blumberg est ingénieur et homme d'affaires à Buenos Aires. Son fils a été assassiné il y a un peu plus de deux ans. Il est devenu le symbole de la lutte contre l'insécurité réclamée par la classe moyenne supérieure et l'élite sociale opposée à Nestor Kirchner ( Président ). Monsieur Blumberg est notamment favorable à l'abaissement de la majorité pénale des mineurs de 16 à 14 ans et ne cache pas ses intentions électorales pour 2007.
Hier 31 aoùt, Monsieur Blumberg a appelé à une "marcha" contre l'insécurité, Place de Mai, face à la résidence présidentielle située au coeur de Buenos Aires.
Imaginez donc une manifestation rassemblant vingt milles cravates et vingt milles sacs à mains assortis, éclairés par la lumière et le silence des bougies .....
..... et à peine à 500 mètres plus loin, sur la même avenue, le Père Adolfo Pérez Esquivel, Prix Nobel de la Paix, rassemblait une "contremarcha" avec le soutien de l'extrême gauche, pour dénoncer la pénalisation de la classe paupérisée. En effet, depuis la crise politique et économique qui a secoué l'Argentine en 2001, la pauvreté a gagné du terrain.
Près de l'Obélisque, les orchestres de tambours rivalisaient de dextérité ; les banderoles à l'effigie du Che, les sandwichs graisseux et les pieds nus des enfants, exsudaient un parfum de misère.
Ceux-là n'étaient que cinq milles.
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Qu'on se le dise, Buenos Aires n'est pas Bogota !! (je circule seule jour et nuit sans aucun risque en évitant les lointains faubourgs). Pour autant, on voit des familles qui ont faim, des polices corrompues et surtout des Argentins profondément atteints dans leur orgueil de pays jadis le plus développé, le plus cultivé et le plus rayonnant de l'Amérique latine. Cette époque encore toute fraiche a vécu et sa nostalgie leur devient insupportable.
Les Argentins ne savent pas comment rattraper ce temps qui leur échappe. Hélas, Monsieur Blumberg et ses 40.000 manifestants aisés n'y parviendront pas sans instaurer un ordre fascisant. Si leur cause est légitime, il faut combattre leur méthode.