Mardi 21 novembre 2006

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

" Dans le Nord tu n'as pas de futur" m'a dit un habitant de Tolhuin, petite bourgade de la Terre de Feu ou aucun touriste ne prend le temps de s'arreter. Le chomage et le faible niveau de vie des provinces du Nord du pays incitent des milliers d'Argentins a venir tenter leur chance dans le Sud. " Tu travailles, t'arrives un peu a mettre de coté, t'achetes un terrain et puis tu peux construire ta maison".

 

Par Ma main amie - Publié dans : Photos du jour
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Dimanche 19 novembre 2006

 

 

 

Après deux jours de neige passés au chaud avec les amis de l'Auberge Les Cormorans, j'étais impatiente d'aller voir d'un peu plus près "le bout du bout", à quelques 20 kilomètres de la ville d'Ushuaia, comme une envie de me cogner à une fin, de franchir une ligne d'arrivée.

J'ai caressé le panneau qui indique la fin de la Ruta 3, puis j'ai franchi la passerelle qui mène jusqu'à la mer, puis j'ai planté ma tente, puis j'ai marché, marché .... et au bout de la Terre de Feu, j'ai vu encore des îles, et après les îles j'ai imaginé la mer et de la mer le continent blanc.

 

 

A peine de retour à Ushuaia je brûlais d'envie de partir en antarctique. Je n'avais pas les 4.000 dollars pour embarquer sur l'excursion d'Américains. Alors me suis démenée pendant deux jours pour dégoter le bateau qui m'emmènerait au-delà d'Ushuaia : mousse, serveuse ou commis, j'étais prête à vaincre mon atroce mal de mer et à cuisiner des soufflés au fromage pour l'équipage, avec la cuisine française j'avais toutes mes chances. Vaines tentatives car la réglementation internationale est venue mettre son nez là-dedans et à moins de pirater un cargot on ne peut plus décoller à la volée.

Mais en regardant la mer, je me suis dit qu'une fois arrivée au coeur des glaces j'aurais eu envie de descendre du bateau et de traverser le pôle sud, puis de toucher l'autre rive du monde, à l'opposé.... de sorte que je pourrais marcher ou voguer et ne jamais sentir la fin du monde.

Le voyage n'a donc pas de but à atteindre; il est toujours devant soi, dans les vicissitudes de la route qui fait émerger chaque jour un nouveau monde. Rien que pour cela, j'aurai encore de retour, mille étoiles de berger à suivre.

Par Ma main amie - Publié dans : Notes pour un journal
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Jeudi 16 novembre 2006

 

 

Je ne vous ferai pas partager un rêve puisque je n'en ai point vécu. Ushuaia n'est pas un paradis perdu au confin d'une terre inaccessible. C'est une ville avec toutes ses impuretés terrestres que l'on voudrait pouvoir refaire en musique, en argile ou en poème, avec l'empreinte des imaginaires de tous les continents.

L'ensemble ne donne pas l'impression d'être au bord de la création mais d'être dans le grenier à misère de la Patagonie, comme si celle-ci avait voulu jeter ses pauvres à la mer et qu'ils avaient résisté en s'accrochant au dernier bout de terre. Depuis mon départ de Buenos Aires je n'ai pas vu de ville plus démunie, faite de amas de maisonnettes disparates et bancales, en un mélange de parpains, de tôles, de bois et de plastiques, jonchées de déchets.

 

 

 

                

 

 

 Le port et les antennes sont deux aspects les moins tristes ...

 

 

 

 

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Lundi 13 novembre 2006

 

 

J'étais venue d'El Calafate à Puerto Natales par le car et comme dans tous les cars d'Argentine je pense, reignait un ennui mortel. Mis à part quelques anglophones qui tentent de converser en intimant les autres de parler anglais, chacun reste coi dans sa langue, les touristes d'un côté, les Argentins de l'autre, tous prisonniers du véhicule où on ne peut ni bouger ni descendre. Il m'était impossible de concevoir quinze heures de route jusqu'à Ushuaia dans ces conditions et je préférais le stop, quite à aller moins vite.

Je n'aurais sinon, jamais rencontré Javier, sociologue de Punta Arena, qui s'en revenait de chez son ami écrivain et poète et que le gendarme du poste de Casa Vieja a eu la gentillesse d'arrêter pour me faire monter. Javier m'a parlé des écrivains chiliens qu'il aimait, de Bolaño, Rimbaud, Cendras et bien d'autres, et puis il s'est mis à chanter Piaf, la "petite française" qu'il aimait et connaissait par coeur ...."Non ! Rien de rien ... Non je ne regrette rien " ... ce ciel couleur de l'enfer, à cent km/heure, dans la Pampa, je n'avais plus que mes chaussures et mon baluchon de dix-huit kilos "Avec mes souvenirs j'ai allumé le feu, mes chagrins mes plaisirs je n'ai plus besoin d'eux ..."

 

 

Et pendant que Javier chantait, je faisais des clins d'oeil aux volatiles, jaloux de me voir plus rapide que leurs ailes ..... "Balayé pour toujours, je repars à zéro ..."

"Ce n'est donc pas la fin du monde, dis Javier ?"

 

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Samedi 11 novembre 2006

 

 

 

 

Les gauchos m'avaient donné la belle route à suivre : Ruta 40 jusqu'à Rio Turbio puis Puerto Natales, Punta Arena et Ushuaia.

A Puerto Natales (Chili) je touchais enfin la mer. Elle avait le rythme d'un lac mais exalait tous les parfums de l'océan, des algues marécageuses, des coquilles de moules et d'escargots .... comme une Bretagne qui sentirait le froid polaire, serait encerclée de montagnes enneigées et reposerait dans un silence, déjà, de bout du monde.

 

Par Ma main amie - Publié dans : Photos du jour
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