"Notre vie ressemble à un voyage...",
"et plutôt qu'une aventure et une excursion dans des régions inhabituelles, le voyage me semble être un symbole de notre existence: installés dans une ville, citoyens d'un pays, appartenant à une classe ou à un milieu social, membres d'une famille, liés aux devoirs d'une profession, aux habitudes d'une "vie quotidienne" tissée de tous ses éléments, nous nous sentons souvent trop sûrs de nous; nous considérons que notre maison a été construite pour l'éternité, nous sommes tentés de croire à une stabilité qui, aux uns, rend problémantique le fait de vieillir et aux autres donne à tout changement extérieur les apparences d'une catastrophe. Nous oublions qu'il s'agit d'un processus en cours, que la terre est en perpétuel mouvement et que nous sommes concernés par le flux et le reflux des océans [...] Nous l'oublions pour préserver la paix de notre âme, elle-même bâtie sur des sables mouvants. Nous l'oublions pour ne pas céder à la peur. Et la peur nous rend têtus;"
Anne-Marie Schwarzenbach, Où est la terre des promesses?
Têtus nous sommes ......
Car des milliers de signes quotidiens tissent un entrelac de racines et bâtissent dans l'humus les trajectoires de nos arbres. Le chêne, droit, puissant, généreux et durable, a nos faveurs.
Mais il arrive parfois qu'un ver se faufile dans l'éternité des saisons. L'intrus teinte d'incertain les certitudes apprises depuis l'école. Le p'tit ver est professeur de rêves, une matière un peu négligée par l'éducation, dit-il. Il commence par enseigner à se dé-tê-tu-er.
Or il se trouve que j'ai eu la chance d'assister aux cours du p'tit ver. Un jour il a terminé son exposé en écrivant sur son tableau noir un aphorisme de Shakespeare, cher à Nicolas Bouvier: "I shall be gone and live or stay and die". Sa craie dessinait un miroir incandescent. Je n'étais ni belle ni laide. Simplement urgente.
Le visage recueilli là, dans le miroir de craie fugitive, est devenu l'alpha d'un voyage et de ce blog