Vendredi 24 novembre 2006

 

La nuit a charrié un vent plus violent et de gros nuages noirs. Au petit matin, toute la côte était enrubanée de brume et un crachin pénétrant imbibait la photocopie qui me tenait lieu de carte. J'ai marché deux heures peut-être avant d'arriver au point où devait se trouver l'Estancia de Luly. Mais au lieu d'une batisse réconfortante, je n'ai vu que des collines désertes et à chaque point culminant, un autre point culminant qui en masquait un suivant. Et ainsi de suite jusqu'à ce que la démesure de la steppe me donne le vertige et abatte mes forces. J'avais soif car je n'avais plus d'eau depuis la veille au soir. Le demi tour s'imposait, au moins pour ne pas me perdre au dedans ; un but même lointain valait mieux qu'une errance dont je ne pouvais plus deviner la fin.

J'ai repris mon itinéraire de petit bateau en luttant contre un vent de trois quart et en allant chercher sous mes pieds l'énergie que la terre gardait en silence.

 

Je suis arrivée en même temps que le coucher du soleil, à une poignée de kilomètres de Puerto Deseado, près d'une Estancia abandonnée où j'ai trouvé une source d'eau salée. Ce soir là le ciel était redevenu clément ce qui m'a permis de faire cuir au feu un copieux steack argentin que j'avais acheté pour partager avec le gaucho.

 

 

 

 

Par Ma main amie - Publié dans : Notes pour un journal
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